Traitement

Traitement des carreaux de ciment : le guide complet (bouche-pores, hydrofuge, oléofuge)

Comment protéger durablement vos carreaux de ciment ? Quels bouche-pores ? Chaque étapes décrites pas à pas ainsi que les erreurs à éviter. Par César Bazaar, fabricant et spécialiste du carreau de ciment.

· 13 min de lecture · César Bazaar

Bien traiter ses carreaux de ciment fraichement posés est l’étape la plus importante de toutes ! C’est un moment décisif pour votre projet et si il est mal fait, il peut s’avérer catastrophique

Je me souviendrai toujours d’un de mes premiers clients qui n’avait pas voulu écouter mes conseils et en faire qu’à sa tête. J’avais alors réalisé pour lui 10m² - ce qui équivaut à 20 jours de travail pour un artisan seul - à prix cassé en échange de photo pour faire connaître mon travail. Le sol n’avait pas été protégé et les ouvriers on marché dessus pendant un mois 😭… Je n’ai jamais reçu de photo et je préfère ne jamais voir le massacre. Bref ! Le plus important c’est de bien protéger ses carreaux au début. Après ça, ne vous inquiétez pas, vos carreaux se bonifieront avec le temps et vous accompagneront magnifiquement toute votre vie, pour des siècles et des siècles (littéralement).

Alors let’s go je vous explique tout ici : voici le guide complet du traitement des carreaux de ciment, basé sur mon expérience de fabricant.

Pourquoi le traitement est obligatoire

Le carreau de ciment n’est pas du carrelage - au sens de la céramique émaillée - il n’y a pas de cuisson, c’est un pâté de sable et de ciment compressé et durcit sous l’action de l’eau. En d’autre terme, le carreau de ciment est poreux.

Par conséquant, sans aucune protection, il se comporte comme une éponge minérale. Versez de l’eau dessus, elle sera doucement absorbée par le carreau. Du coup, vous imaginez si vous y mettez du vin, du café ou de l’huile 😱

Mais pas de panique ! J’ai la solution pour vous ! Il existe des traitements qui vont venir protéger vos carreaux en satturant cette porosité avec des résines. Ces dernières vont empêcher les liquides de pénétrer. C’est ce qui transforme un carreau poreux en un sol robuste, capable de durer plus de cent ans en se patinant magnifiquement. Ouf 😮‍💨

Avec un bon traitement, vos carreaux sont un investissement super durable.

Qu’est-ce qu’un bouche-pores hydrofuge et oléofuge ?

Le bouche-pores c’est le produit magique. Il s’agit d’un liquide d’imprégnation à base de résines,qui va boucher tous les micro-pores de votre carreaux de l’intérieur.

Il a deux propriétés essentielles :

Concrètement, le produit est aspiré par le carreau qui le boit comme un buvard. Les résines se logent dans le réseau capillaire et créent une barrière chimique à l’intérieur même du matériau. La surface, elle, conserve son aspect mat et naturel — il n’y a pas de pellicule plastique en surface.

C’est ce qu’on appelle un traitement non filmogène, et c’est un point fondamental.

Pourquoi un traitement non filmogène

Il existe deux familles de produits sur le marché : les filmogènes (qui forment une couche en surface, comme un vernis) et les non filmogènes (qui pénètrent dans le matériau sans créer de film).

Pour les carreaux de ciment, je propose uniquement des traitements non filmogènes. Pourquoi ?

Parce que le carreau de ciment doit pouvoir respirer. C’est un matériau vivant, qui réagit à l’humidité ambiante, qui transpire les éventuelles remontées d’humidité du support. Si vous l’enfermez sous un film vitrifié, plusieurs problèmes peuvent survenir : le film s’écaille avec le temps, jaunit, se ternit, et surtout, la moindre humidité piégée en dessous va créer des cloques, des décollements ou des taches blanchâtres.

Mais surtout, un traitement filmogène change l’aspect du carreau et le rend brillant. Dans ce cas là autant acheter des céramique. Le traitement non filmogène préserve l’aspect mat, velouté et authentique du carreau de ciment.

Fun fact, au Brésil ils appliquent une résine (hyper filmogène) qui fait briller de mille feux le carreaux, en mode couche de plastique. Moi je n’aime pas du tout, mais les goûts et les couleurs comme on dit … Du coup je ne saurais vous conseiller sur quel produit utiliser pour faire vos carreaux la brésilienne.

Autre fun fact, en Inde ils les polissent pour qu’ils soient bien brillants. Mais j’arrête avec les fun facts sinon on ne va pas y arriver.

La méthode que je vous recommande : les produits FILA

C’est la méthode que je recommande le plus. Elle est efficace pour tous les projets que ça soit :

Cette méthode utilise les produits de la gamme FILA :

Les produits FILA sont plus chers, mais ils offrent une protection plus poussée et plus durable. C’est aussi une gamme plus écologique. Pour le détail de la comparaison, voir l’article produits Fila vs méthode alternative.

Méthode alternative un peu moins chère : le Terrazo Sealer

C’est la méthode la plus économique, mais la plus toxique. Je la recommande pour les petits projets comme les crédences ou les petites surfaces sur mur.

Cette méthode utilise principalement le Terrazo Sealer, un bouche-pores hydrofuge et oléofuge. Il protège bien si on l’applique sérieusement. Son petit défaut : en cas de surapplication ou de mauvais essuyage, il peut laisser un léger film visible à contre-jour. Donc il faut être rigoureux sur l’application — on en parle plus bas. Autre soucis, son odeur. La résine est diluée dans un produit à l’odeur chimique entêtante et toxique, qui met plusieurs jours à partir. Il faut donc l’appliquer fenêtres grandes ouvertes et les enfants chez les grands parents pour quelques jours 😅.

Et les autres produits ?

Oui il existe bien d’autres bouche-pores sur le marché. J’en ai testé plus d’une dizaine et c’est pourquoi je vous recommande ceux-là aujourd’hui ; parce-qu’ils sont efficaces pour sûr ! Méfiez-vous toujours des produits basiques que vous trouvez en grande surface de bricolage type Leroy Merlin si vous n’avez pas l’expérience d’un carreleur qui sait ce qu’il fait. Tous les produits “hydrofuges pour carrelage” ne conviennent pas aux carreaux de ciment. C’est un matériau spécifique qui demande des produits adaptés.

Quand traiter : le calendrier précis

Ni trop tôt ni trop tard. Voici le bon calendrier.

Après la pose

Si vos carreaux sont posés au mortier-colle, attendez environ une semaine avant de procéder à la suite (jointoiement et traitement). Le temps que le mortier-colle sèche complètement. C’est super important ! Parce-que sinon l’eau de la colle ne pourra pas traverser le carreau pour s’en échapper ! Et bien sur, ne marchez pas sur vos carreaux pendant ce temps là. Couvrez les avec des cartons si vous devez passer par dessus.

Avant les joints : une première couche fine

C’est un point sur lequel je suis catégorique : il faut absolument appliquer une première couche fine de bouche-pores AVANT le jointoiement.

Pourquoi ? Parce que la pâte de joint contient des pigments et des sels qui peuvent migrer dans les pores ouverts des carreaux et les tacher de manière irréversible 😱. C’est particulièrement vrai sur les carreaux clairs, mais ça vaut pour toutes les couleurs.

Cette première couche très fine (toujours fine, toujours essuyée) sert de barrière. Elle empêche les pigments du joint de pénétrer. Elle ne remplace pas le traitement complet — elle le précède.

Après le jointoiement

Une fois les joints réalisés, il faut attendre que toute l’eau s’évapore avant d’appliquer les couches finales de bouche-pores. Comptez 3 à 7 jours minimum, parfois plus.

Ce délai dépend énormément de la météo et des conditions de la pièce. En plein été dans un appartement bien aéré, 3-4 jours peuvent suffire. En plein hiver ou par temps humide et froid, il faut être patient et attendre une semaine, voire dix jours. La règle absolue : ne jamais traiter un carreau humide.

Pendant ce temps, les carreaux doivent respirer. Pas de bâche plastique étanche posée par-dessus, pas de cartons plaqués en permanence. Si vous protégez la surface, faites-le avec des cartons que vous découvrez régulièrement, surtout la nuit, pour laisser l’humidité s’évacuer.

Les étapes complètes du traitement

Voici le protocole ! C’est parti !

Étape 1 : préparation et nettoyage

La surface doit être :

Pour le nettoyage de fin de chantier, utilisez le FILA PS87 PRO ou un nettoyage à l’eau et éponge éventuellement renforcé avec un éliminateur de voile blanc sur les couleurs sombres. Pas de savon noir, pas de savon de Marseille à ce stade — la graisse serait absorbée par le carreau.

Étape 2 : première couche avant joint

Une fois les carreaux posés, propres et secs (mais avant les joints), appliquez une première couche très fine du bouche-pores.

Étape 3 : jointoiement

Une fois la première couche sèche, vous pouvez réaliser les joints en suivant les bonnes pratiques : joint minéral neutre (gris ciment, gris clair ou blanc), pas de joint coloré. Il faut nettoyer immédiatement les excédents, jamais d’acide pour rattraper les bavures !!!

Étape 4 : protection finale après joint

Une fois les joints réalisés et la surface bien sèche (les fameux 3 à 7 jours d’attente), appliquez les couches finales de bouche-pores.

Le principe fondamental : mieux vaut plusieurs couches fines qu’une seule couche épaisse ! Le carreau absorbe ce dont il a besoin, on essuie le reste. À chaque couche, on en remet un peu, jusqu’à saturation complète.

Étape 5 : finition optionnelle à la cire

Pour les sols à fort usage (entrées, cuisines, zones de passage), vous pouvez ajouter une cire de finition après le bouche-pores. La FILA MATT pour un rendu mat discret, la FILA SATIN pour un effet légèrement satiné.

La cire offre plusieurs avantages : elle facilite l’entretien, elle ajoute une couche sacrificielle qui protège contre les attaques chimiques et les micro-rayures, elle gagne quelques précieuses secondes pour essuyer les éclaboussures avant qu’elles n’atteignent le carreau.

À éviter en revanche : dans les zones humides (douche, salle de bain exposée à l’eau), à l’extérieur, et partout où le sol pourrait devenir glissant au contact de l’eau.

Les erreurs à ne jamais faire

Traiter un sol encore humide

Ne soyez pas trop pressé ! Si vous appliquez le bouche-pores alors qu’il reste de l’humidité dans la colle ou les joints, cette humidité va se retrouver enfermée. Elle va chercher à s’échapper et, en remontant vers la surface, transporter des sels minéraux qui vont cristalliser sous la couche de protection.

Résultat : des taches blanchâtres et un voile permanent sous votre bouche-pores. Pour rattraper ça, il faut décaper toute la zone et recommencer. Patience à l’application, c’est la règle d’or.

Ne pas essuyer le surplus

Le bouche-pores doit être absorbé par le carreau, pas rester en surface. Si vous laissez sécher l’excédent, il forme un film brillant, jaunâtre et collant qui dénature complètement le rendu mat des carreaux.

Le geste : appliquer, attendre une à deux minutes que le carreau boive ce qu’il peut, et essuyer tout ce qui reste avec un chiffon propre. Sans exception.

En mettre trop

Pareil que pour la précédente. Un excès de produit, par couches trop épaisses, ne pénètre pas mieux — il sature en surface et finit par sécher en couche brillante ou jaunâtre, beurk beurk. Plusieurs couches fines, c’est mieux qu’une couche épaisse.

Si vous vous retrouvez avec un excès qui a séché en surface, la solution est lourde : décapage avec un produit spécialisé (FILA PS87 PRO par exemple), remise à zéro, nouveau protocole de traitement.

Sauter la première couche avant joint

Si vous n’appliquez pas de protection avant le jointoiement, la pête de joint peut pénétrer dans les pores ouverts des carreaux et les tacher.

Couvrir d’une bâche plastique pendant le séchage

L’humidité doit s’évaporer. Une bâche plastique étanche posée sur les carreaux pendant plusieurs jours emprisonne l’humidité, favorise les efflorescences et perturbe le séchage. Si vous devez protéger la surface (chantier en cours, passage, etc.), utilisez des cartons que vous découvrez régulièrement.

Le test de la goutte d’eau

C’est la méthode infaillible pour vérifier que votre traitement est efficace. Et elle marche aussi bien le jour de l’application que des années plus tard pour savoir s’il faut renouveler.

La méthode : versez quelques gouttes d’eau propre sur le carreau traité.

Si l’eau perle, forme une belle goutte ronde qui reste en surface, et que vous pouvez l’essuyer sans aucune trace : votre carreau est bien protégé. Le traitement fonctionne.

Si l’eau s’étale, est absorbée, ou laisse une auréole sombre qui met du temps à disparaître : le traitement n’est pas (ou plus) efficace. Il faut soit appliquer une ou plusieurs couches supplémentaires sur un sol neuf, soit renouveler le traitement sur un sol ancien.

Pour aller plus loin : comment réaliser correctement le test de la goutte d’eau.

Et après ?

Une fois votre sol bien traité, l’entretien devient simple. Un nettoyant à pH neutre comme le FILA CLEANER PRO, une serpillière microfibre bien essorée, et le bon réflexe d’essuyer rapidement les éclaboussures suffisent à le garder en parfait état pendant des années.

Pensez à refaire le test de la goutte d’eau de temps en temps — tous les 6 mois à 1 an dans les pièces à fort passage. Quand le test n’est plus concluant, il est temps de reprendre une couche de protection. Selon l’usage, cela arrive en général tous les 2 à 5 ans.

Pour tout savoir sur l’entretien quotidien, consultez notre guide complet de l’entretien.

En résumé

ÉtapeQuandAction
Nettoyage de fin de chantierAprès poseFILA PS87 PRO + éliminateur de voile blanc si couleurs sombres
Première couche fineAvant les jointsBouche-pores fin, essuyage immédiat
JointoiementAprès séchage de la 1ère coucheJoint neutre, pas de joint coloré
Attente3 à 7 jours après joints (selon météo)Laisser respirer, pas de bâche plastique
Couches finalesSur sol parfaitement sec2 à 3 couches fines de bouche-pores, essuyage à chaque fois
Cire de finition (option)24-48 h après dernière coucheFILA MATT ou FILA SATIN selon goût
VérificationAvant utilisationTest de la goutte d’eau

Le traitement, c’est l’étape qui détermine la longévité de vos carreaux. Prenez le temps, suivez le protocole, ne sautez aucune étape. Vos carreaux vous le rendront pendant des décennies.


Cet article fait partie du guide complet des carreaux de ciment par César Bazaar. Pour aller plus loin : Méthode standard vs méthode premium · Test de la goutte d’eau · Cire de finition FILA MATT / FILA SATIN · Guide de l’entretien quotidien

Questions fréquentes

Pourquoi faut-il traiter les carreaux de ciment ?
Le carreau de ciment n'est pas cuit, il est compressé à froid. Il est donc naturellement très poreux et se comporte comme une éponge minérale. Sans traitement, il absorbe immédiatement l'eau, les graisses et les liquides, créant des taches irréversibles.
Quel produit utiliser pour traiter des carreaux de ciment ?
Le choix du bon bouche pores est essentiel. Je recommande les produits FILA pour tous vos projets ou le Terrazo Sealer pour les petits budgets.
Combien de temps faut-il attendre avant de traiter les carreaux après la pose ?
Au minimum une semaine après le collage et 3 à 7 jours après le jointoiement, mais cela dépend beaucoup de la météo. En plein hiver ou par temps humide, il faut être patient et attendre que toute l'eau soit bien évaporée.
Faut-il traiter les carreaux avant ou après les joints ?
Les deux. Une première couche très fine de bouche-pores avant les joints pour éviter que le mortier-joint ne tache les carreaux. Puis 2 à 3 couches après les joints, une fois la surface parfaitement sèche, pour la protection définitive.
Comment savoir si mon traitement est encore efficace ?
Faites le test de la goutte d'eau : versez quelques gouttes d'eau sur le carreau. Si elles perlent, votre protection tient. Si elles sont absorbées et laissent une auréole sombre, il est temps de renouveler le traitement.

César Bazaar

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